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3 mai 2008

LA CRÉATIVITÉ POUR EXISTER
ET POUR CHANGER DE DIRECTION...

Une fois le cap des doutes sur la pertinence des soins dépassé, je devenais impatient de tester mon équipement, c'est à dire de passer à l' étape des traitements. J'ai eu alors une autre idée qui allait être décisive dans cette lutte: Je me suis fais une liste exhaustive des projets que j'aimerais encore pouvoir réaliser de mon vivant. Il faut dire qu'à ce moment là, la vision que j'avais de mon espérance de vie n'était pas très vaste, mais j'avais décidé de faire avec! Quelques exemples de ces " projets": Je voudrais encore pouvoir:-pratiquer une discipline pour apprendre à combattre la maladie intérieurement
-Faire un film d'animation
-Sauter en parachute
-Finaliser mon univers virtuel, en programmation Blitz
-Apprendre à me servir du logiciel d'animation T....
-Faire un court métrage vidéo
-Faire de la peinture à l' huile sur toile
-Apprendre les maths spécifiques à la physique
-Comprendre le bouquin de Kant sur l'istoire de l'Univers
-Trouver un peu de temps pour d'autres pauvres types comme moi!!!-Faire un beau voyage avec ma conjointe, pas forcément au bout du monde, mais rêver encore
- etc....
Bref, des tous petits et des trop grands projets, tout ça pêle-mêle.....

En regardant cette liste, la première constatation fut qu'elle semblait vraiment démesurée, vu l'espérance de vie que je m'imaginais avoir et qu'il me semblait devoir avoir plusieurs vies pour régler tout ça. Avec une année de recul, je suis étonné de voir que beaucoup de ces projets ont avancé, que certains sont complétés et que d'autres enfin, seront pour plus tard, puisque ma situation a changé et s'est stabilisée et le cancer a régressé. Il me reste donc un peu plus de temps... D'autres projets sont venus se greffer à cette liste en cours de route. Les bienfaits de cette approche, combinée évidemment à la chimiothérapie me semblent aujourd'hui aussi inattendus qu' irremplaçables. Et c'est armé de ces deux outils, ma planche à voile et ma liste de projets que j'ai entamé ce voyage, serein, heureux, sans illusion démesurée par rapport à l'issue, mais plein d'espoir quand même, parce que sans espoir, ça me semble difficile: Traverser l'Atlantique en se disant toutes les deux minutes:" je n'y arriverai jamais" nous laisse peu de chance de voir l'autre rive. Les traitements de chimiothérapie m'ont semblé plus supportables que ce que je m'imaginais. Je me voyais à bord de "la machine à prolonger le temps". Il y a eu des turbulences et les menus servis furent parfois indigestes, mais je les désirais vraiment, donc je les ai acceptés et suivis avec rigueur, en tenant compte de tous les conseils du médecin (chère Dr Marie Florescu), de l'infirmière pivot (Jeanne Poirier), du psy qui évite que les "plombs sautent", en ayant confiance en leur expérience, connaissance et savoir-faire. Je crois que cette attitude facilite ces traitements. En fin de compte, ils sont restés supportables jusqu'au bout; la forme physique est revenue, presque mieux qu'avant. Les qualités médicales et humaines sont pour beaucoup dans ces résultats. C'est plutôt rassurant et convivial d'aller en oncologie pour voir son médecin, son infirmière, recevoir les soins dans une atmosphère détendue, avec une relation personnelle avec chacun des intervenants. Ils sont vraiment fantastiques. Au bout du traitement, j'ai appris que les tumeurs étaient en régression. Sans crier victoire trop tôt, on doit tout de même se rappeler que le succès est la somme de victoires d'étape.

RÉALISER NOS PROJETS...
C'EST POUVOIR À NOUVEAU...
Deux projets me semblent intéressants à exposer ici: Le travail de vidéo et la peinture.Ma vidéothérapie est née du cadeau que m'a offert ma conjointe pour ce « Noël un peu noir ».Ma conjointe a visé juste en m'achetant une petite caméra, à priori pour accumuler des souvenirs, et la grande découverte pour moi, fut la possibilité de filmer en vidéo, chose que je n'avais jamais eu le temps de faire. Le fruit de cette démarche, c'est une bonne douzaine de petits films sans autre prétention que d'être thérapeutiques, un prétexte à se distaire, un moyen de visualiser et de communiquer aux autres ce qui se passait dans mon esprit, un regard personnel sur la maladie , sur le temps qui fuit, sur la vie, les amis à qui on veut se confier, les liens qu'on veut dénouer, enfin une remarquable manière de chasser angoisses et idées noires, tourner en dérision cette maladie, dédramatiser et aborder la situation par l'humour. C'est du temps passé à faire avec passion autre chose que de broyer du noir ou de s'apitoyer sur son sort. Et ça marche, c'est formidable! La peinture, que j'ai souvent rêvé d'exercer m'a permis de profiter au mieux de ces vacances forcées et de faire fructifier ce temps de latence. De façon un peu hyperactive, pas pour fuir ou oublier, mais parce que le temps me semblait compté, j'ai mené de front l'écriture, la vidéo et la peinture, mais aussi la marche à pied, la recherche spirituelle, la méditation, les courriers "intensifs". Paradoxalement, et de façon inattendue, c'est un temps où mon expression personnelle a été plus riche que dans les dix dernières années. Ce travail, s'il ne m'a pas guéri totalement, m'a permis de me détacher du problème, de l'englober dans une dynamique de vie, d'accepter et également de vivre constamment en harmonie avec la maladie. J'ai évité de m'en faire une ennemie. Les jours où ça allait bien, je peignais, quand ça allait moins bien, chimio oblige, je passais à des choses moins exigeantes, comme la photo, la prise d'images en vidéo ou simplement la lecture, et j'avais hâte de retrouver un peu de ma forme pour continuer le travail interrompu. Je suis sûr aujourd'hui que le fait de renouer avec une ou plusieurs de nos passions et activités, enfouies par la routine quotidienne, est un outil précieux pour supporter le fait d'être malade, apprendre à guérir, grandir intérieurement et mieux aborder les traitements. Je peux dire que c'est un moment d'une richesse rare que je ne voudrais pas, en fin de compte, avoir manqué. Je ne souffre ni d'angoisse ni de déprime, bien au contraire et je suis certain que c'est grâce à ces activités.Ces peintures, ces vidéos ne sont rien d'autre que des métaphores de l'émotion ressentie, sorte d' «amulettes protectrices», qui transforment l'angoisse et le désespoir en énergie pure. C'est précisément cette énergie qui permet, avec les traitements, de rendre le combat possible, équitable et efficace
La peur tue, c'est clair et au travers de nos actes et créations, ces peurs se transforment en espérance et en force. Paradoxalement, la maladie nous ramène sur le chemin de la créativité en nous proposant le défi de la guérison. Celle-ci n'est possible que si on a une raison de vivre, un projet, une passion, que si l'on retrouve un sens à son destin, qu'on entend un appel qui nous tire hors de la tombe. On guérit en retrouvant le feu, la fantaisie, la curiosité de l'enfance, en retrouvant le sens de la création et de la recréation. J.Ledoux

RENCONTRE AVEC SOI-MÊME:
UNE DÉCOUVERTE INATTENDUE
Malgré les évènements, malgré l'épreuve, je peux affirmer que cette année vécue avec le cancer aura sans aucun doute été une année gratifiante et l'une des plus intéressantes de ma vie. J' imagine bien que certaines personnes puissent être troublées par cette déclaration. Pendant 50 ans, on s'oublie, on fait des concessions, on remet à plus tard, puis un jour on se retrouve devant cet ultimatum. Sur le plan personnel, se confronter à ce genre de situation nous révèle souvent un personnage qu'on ne connaissait pas: On s'imaginait poltron, mou, fragile face à la maladie et en se faisant confiance, on peut se révéler tout le contraire. La guérison, ce n'est pas uniquement se séparer d'une maladie, mais bien guérir toute sa vie pour être tout à fait bien. Apprendre à gérer nos frustrations, identifier nos déséquilibres, écouter nos émotions, nos désirs constitue une étape décisive dans la lutte contre la maladie. La guérison, c'est retrouver la paix, se réconcilier avec soi, avec son corps, avec son esprit. Sur le plan créatif, la disponibilité d'esprit, la vision nouvelle qu'on a de la vie nous stimule: peintures, vidéos, lectures, écriture, informatique ou n'importe quoi d'autre... C'est un temps offert, juste pour nous, qui, si on le fait fructifier peut changer la façon d'appréhender la maladie, nous éloigner du drame que nous devrions vivre. "Pour ceux qui savent que leur heure est venue, mourir en paix avec soi et avec les autres est une autre façon de guérir. En revanche, pour ceux qui savent avec certitude qu'ils n'ont pas achevé ce qu'il ont à faire, la guérison signifie recouvrer la santé pour ne pas quitter la route prématurément. Ai-je accompli mon parcours, ai-je achevé ce que j'avais à faire?" (Johanne Ledoux - Guérir sans Guerre - Flammarion Québec -p.63)



STABILITÉ: PAS DE DEUXIEME CHIMIO EN VUE!
Le 16 janvier 2008, plein d'anxiété, je suis allé voir l'oncolgue, pour connaitre les résultats du scan qui datait du 8 janvier. Les résultats sont supérieurs à mes attentes. On peut parler de stabilité, puisque la tumeur n'a augmenté que de 0.5mm, ce qui est négligeable, et m'ouvre donc une perspective un peu plus vaste que je n'imaginais. Pour l'instant, pas de chimiothérapie de 2ème ligne en vue (ouf) Je pense pouvoir disposer encore de pas mal de temps de bonne qualité devant moi, peut-etre fêter encore une fois noël, ou plus. C'est en bonne voie. Je crois cependant que l'hygiène de vie rigoureuse va être un des facteur principaux pour retarder l'évolution: activité sportive appropriée - marche -marche rapide, natation, peu d'alcool, pas de tabac, moments de calme, sieste, repos, méditation - activités créatives - alimentation saine et équilibrée. Moi, j'appelle ça le pur bonheur. C'est vrai qu'il y a un an c'était vraiment pas évident, et pourtant c'est vrai.Et je suis tout à fait conscient que de pouvoir encore observer ce qui nous entoure et trouver dans un ciel étoilé, non pas l’explication des choses , mais simplement le contentement d’avoir accès au spectacle est à prendre comme un privilège inouï et unique,dont je peux disposer tous les jours.En attendant, voici le nouveau toubib que je vais avoir dès le 16 janvier. Dr Marie Florescu est en congé jusqu'en septembre, donc c'est Dr Normand Blais qui se tape la chose!. Pour que mes nièces, en France, puissent en profiter de cet homme charmant, je joins ce petit film TVA où Richard Petit donnait un point de presse lors d'une levée de fond pour le lymphome. il présente son médecin, Normand Blais. C'est une façon sympathique de pouvoir et de présenter son nouveau médecin. (pas tout à fait nouveau pour moi, puisqu'il est intervenu au début de mes visites en oncologie, à concocté la recette qui a permis de faire réduire sérieusement la tumeur, c'est lui aussi qui m'avait annoncé que l'ensemble des bobos avait diminué de 50% en juin 2007). Pas inconnu, donc . Mais jetez donc un oeil sur ce lien. Dr Blais apparaît vers le troisième tiers du reportage. http://lcn.canoe.ca/cgi-bin/player/video.cgi?file=/lcn/actualite/arts_spectacles/20060516_petit.wmvUn bronzé plutot sympa qui revient de Floride........dixit R.Petit

QUINZE MOIS PLUS TARD ET TOUJOURS BIEN VIVANT...
La maladie n'est pas sans conséquences. Je ne parles pas de conséquences néfastes, négatives, mais plutôt de l'ouverture proposée par cet état dans mon cheminement personnel .Faire face, comprendre la situation, à trouver du sens à la simple existence. Il n’est pas sûr que je serais allé si loin dans la profondeur de ma conscience, si on m’avait dit que ce n’est qu’un petit refroidissement. Faut-il dire merci à la nature de nous mettre en alerte maximum?. Je crois que oui . Elle appuie là où cela fait mal pour justement montrer que nous existons. Paradoxalement, en nous rappelant que nous sommes destructibles, elle nous fait découvrir les choses simples .Quel bonheur de ne pas avoir de douleurs, quel bonheur d’avoir du temps pour flâner, pour aller voir l'orthophoniste et retrouver ma voix, quel bonheur de sentir les vidanges du printemps en plein hiver. Boire un verre avec un ami, partir quelques jours avec la famille. Lire un livre trouvé dans une ruelle. Quel bonheur. La méditation fait partie intégrante de ma trousse à outils quotidiens. Lutte au stress, stabilité de l'humeur, joie de vivre, harmonie, acceptation de soi, sont les fuits de cette pratique quotidienne, Et c'est pas du vent!A coté de ça, je suis tout à fait conscient que de pouvoir encore observer ce qui nous entoure et trouver dans le ciel étoilé, non pas l’explication des choses , mais simplement le contentement d’avoir accès au spectacle est à prendre comme un privilège inouï et unique,dont je peux disposer tous les jours. J'aime ma vie, j'aime la vie, tout en entier