Une erreur est survenue dans ce gadget

10 juil. 2009

" La Vie Eternelle, Éloge des Incroyants"

 Extraits choisis du livre de Fernando Savater: "  La Vie Eternelle, Éloge des Incroyants"
Comment peut-on encore croire en Dieu après Darwin, Nietzsche ou Freud ? Pour Fernando Savater, la question se résume dans un premier temps à un constat : comment trouver une solution à l'insoluble ? Passant de la sincère incompréhension à l'analyse des mécanismes qui sous-tendent les croyances, l'auteur nous conduit ensuite à la source de la foi, ce phénomène omniprésent dans nos sociétés.



Prothèses théologiques

 Comment peut-on croire sérieusement en Dieu, en l'au-delà, en tout le cirque surnaturel? Naturellement, en faisant référence à des personnes intelligentes, éduquées, sincères dont les capacités et le courage intellectuel ne peuvent absolument pas êtres mis en doute; des contemporains, avec qui je partage la réalité technologique et virtuelle du 21éme siècle.
Il y a eu d'autre croyants, des penseurs de talent qui ont pourtant cru les choses les plus invérifiables. Peut-être étaient-ils conditionnés par le climat culturel et religieux? Peut-être ont-ils subordonnés leur expression intellectuelle au langage de l'époque, étant donné que personne n'est tout à fait capable de sauter dans l'inconnu.
 Mais après Darwin, Nietzsche, Freud, après l'incroyable développement technologique et scientifique des 150 dernières années, maintenant, y a-t-il encore des gens qui croient au Super Père Justicier et infini, à la résurrection des morts, à la  vie éternelle?
En 1916, 40% de scientifiques les plus réputés croyaient en Dieu. 
Larry Williams et Edward Larson, en 1996, refirent le sondage. Le résultat fut le même: 40% de croyants. 45% d'athées et 15% de sans opinion. de sorte que 80 ans plus tard, et après des milliers de découvertes, les scientifiques continuaient d'être aussi religieux et pas seulement les scientifiques! 
Dans La revanche de Dieu, il y a vingt-cinq ans, Gilles Kepel était considéré comme alarmiste sur le retour des radicalismes dans le paysage politique mondial. Aujourd'hui, avec les appels au djihad, la poussée des théocons dans l'administration américaine, le terrorisme d'Al-Qaida, le guerre en Afghanistan, l'invasion de l'Irak, l'aggravation de  l'affrontement entre les monothéistes du Moyen-orient, la renaissance de l'intégrisme catholique, les manifestations dogmatiques contre les homosexuels, en Espagne notamment, contre l'école laïque, la crise provoquée par des caricatures de Mahomet dans un journal danois etc.,
nous pouvons affirmer que les pronostics de Kepel se sont réalisés et ont même dépassé, dans bien des cas, les prévisions.
Dieu est entré en politique. Dieu est-il en train de gagner? C'est sans doute exagéré, mais Dieu et surtout les croyants continuent d'occuper l'échiquier  face à la connaissance rationaliste, sous toutes ses formes et sur tous les terrains. La religion est toujours présente, et parfois de façon agressive.
Pourquoi? 

Une chose est de croire à l'électricité, en l'énergie nucléaire,  mais une autre bien différente est de "croire" en la Vierge Marie. Elles appartiennent à des domaines distincts dans le domaine de la foi et nécessitent des bases différentes pour s'alimenter, les  unes prises dans le  champs de l'expérience et de l'analyse rationnelle, les autres dans celui des émotions ou des attachements sentimentaux..
Nos sens ne servent pas à nous réinventer  des réalités alternatives, mais avant tout à capter avec la plus grande exactitude possible ce qui existe.
Les croyants, dans la grande majorité. ne considèrent pas leur foi comme métaphorique ou poétique du mystère de l' Univers ou de la vie  (ce qui pourrait être acceptable intellectuellement), mais comme des explications efficaces de ce que nous sommes et pouvons espérer.
Nous devons accepter la croyance des autres même si nous ne la partageons pas et la prendre au sérieux, non comme un résidu du passé, mais comme une chose  fiable et  stable qui   chemine depuis nos origines, quelque soit notre culture, jusqu'à maintenant.
Certains cyniques s'accorderont sur le fait que l'unique secret qui sert de socle aux croyances surnaturelles est l'unité sociale: elle calme le peuple, les colères, les inquiétudes.
Les religions ont aussi la vertu d'être le meilleur fondement des valeurs morales, même si les églises accordent parfois plus de poids aux questions rituelles qu'à la justice ou la liberté, un supplément d'âme unificateur capable de rassembler  (bien que parfois elles agissent comme catalyseur d'affrontements et de factions) et la version modérée  des croyances traditionnelles comme palliatif de la destructuration sociale, ou crise des valeurs.
Mais il y a un autre aspect dont se préoccupent les croyances religieuses, l'univers , le sens de la vie, la mort, les valeurs morales, la liberté etc., qui sont aussi les thèmes de la réflexion philosophique.
 À la question rituelle:"Qu'est-ce-que la philosophie?"  Luc Ferry, philosophe français, répond simplement: une tentative d'assumer les questions religieuses sur un mode non religieux, voire antireligieux.
Je ne crois pas en cet acte de foi qui retentit dans le christianisme, le judaïsme, l'islam. Et je ne peux croire que le Verbe se soit fait chair, que le crucifié soit Dieu (Maximo Cacciari) Il affirme que le personnage le plus détestable est l'athée, parce qu'il vit comme s'il n'y avait pas de Dieu. Heiddeger disait:"L'athée est celui qui ne pense pas. celui qui fait une chose sans s'interroger sur sa finalité. Il peut être très intelligent, mais penser c'est penser à la fin dernière.
Il est indéniable que les philosophes tentent  de s'occuper de manière laïque des choses qui préoccupent prêtres et théologiens. Les uns et les autres se posent des questions ne pouvant être tranchées par aucune réponse qui nous permettraient de nous en désintéresser et de passer à autre chose (comme dans le cas de la science).
 Les réponses de la science effacent la question et nous permettent de nous en poser de nouvelles.

La science progresse, alors que la religion et la philosophie, dans le meilleur des cas, doivent se contenter d'approfondir.. Mais science et religion se ressemblent sur un point fondamental, qui les distinguent en retour de la philosophie; les deux premières promettent des résultats, des outils ou des explications pour nous débarrasser de tous nos maux, grâce au dévoilement des mystères de la nature ou de la foi en Dieu.
La philosophie peut seulement  aider à vivre  dans l'insuffisante compréhension de l'irrémédiable. La science et la religion résolvent, chacune à leur manière, les problèmes, tandis que la philosophie parvient au mieux à nous guérir du souci de résoudre ce qui est peut-être insoluble..
Dans cet ouvrage, il s'agit de parler des doutes et des tâtonnements, pas de croyances qui dispensent de continuer à penser.
Mais si, en fin de compte…..
On a demandé à Bertrand Russel: Et si, après sa mort, il se réveillait en face de la Présence Définitive, absolue et résolutoire qu'il avait toujours niée???. Russel a répondu' "Alors, je dirais, Seigneur, tu ne nous as pas donné les preuves suffisantes." À la même question,Fransisco Ayala, romancier, répondra: "Je lui serrerais  courtoisement la main, parce que je suis bien élevé, mais je serais très surpris.
Profitons-en, autant que nous le pouvons, pour argumenter, tant que nous en avons le temps.

L'illusion de croire.
Le doute absolu que demande Descartes ne peut pas plus s'obtenir dans le cerveau de l'homme que le vide dans la nature, et l'opération spirituelle par laquelle il aurait lieu, serait  une situation exceptionnelle et monstrueuse.
En quelque matière que ce soit, on croit toujours en quelque chose.

Les mystifications surnaturelles sont troublantes, dérangeants. Il s'agit pratiquement d'offenses personnelles ;" les autre sont misérables, il croient savoir, mais ils ne voient pas la lumière, alors que c'est si facile quand on se place au point de vue adéquat. Aucun scientifique honn^te ne parlerait avec une telle désinvolture autoritaire de l'invérifiable…ni même du vérifiable. Richard Feynman nous a laissé ce qui suit:" ce qui n'est pas entouré d'incertitude ne peut pas être une vérité".
Les mensonges les plus répugnants sont ceux qui donnent une explication trompeuse des processus naturels ou des événements historiques. On peut considérer comme véritable offense à l'esprit de profiter du désir de quelqu'un - un des plus nobles et des plus humains désirs - pour lui inculquer des mensonges. sur la plupart des questions, une ignorance relative, et donc le doute sont justifiés; par conséquent la tromperie ne peut provenir que de la prétention ou de la malignité. Il est probable que, dans la plupart des cas, celui qui se pavane comme un connaisseur des questions qu'il ignore ne s'adonne pas consciemment au mensonge, mais se contente de dire des sottises. Le mensonge réside dans son attitude de personne convaincue et sûre d'elle même plus que dans les contenus concrets qu'il transmet.
N'est que bartin et sornettes ce que nous entendons jour après jour dans la bouche des politiques, des prophètes de toutes origines, des théologiens, et bien sûr des philosophes. 
Voir la  remarquable étude de Harry G. Frankfurt, "On Bullshit" Un salutaire rappel du besoin de vérité pour la civilisation - Le baratin peut être excusable si on est soumis a de graves menaces ou qu'on subit la torture, mais la plupart des baratineurs le sont par vocation, par envie de se faire valoir, ou par appât du gain.Il faut bien distinguer le menteur du baratineur: ce dernier connait la vérité, l'apprécie, mais la cache et la défigure pour obtenir quelque espèce d'avantage. Il ment en fin de compte par estime de la vérité, qu'il considère comme une arme précieuse dont la connaissance procure le pouvoir sur ceux qu'il trompe. Ambrose Bierce:" La vérité est quelque chose de tellement bon que le mensonge ne peut se permettre de d'exister sans elle". Le baratineur  ignore totalement  l'autorité de la vérité. Il ne la rejette pas, à la façon du menteur, c'est pourquoi il est un ennemi plus dangereux pour la vérité.

Pio Baroja, dans  "l'Arbre des Sciences":
II y a un point sur lequel nous seront tous d'accord, par exemple, sur l'utilité de la foi pour une action donnée. Il est indéniable que la foi dans le quotidien, représente une grande force. si je me crois capable de faire un saut d'un mètre, je le ferais; si je me crois  capable d'en faire un de deux ou trois mètres, peut-être je le ferais aussi.
Mais si vous  vous croyez capable de faire un saut de cinquante mètres,vous ne le ferez pas, aussi grande soit votre foi. Mais cela est sans influence sur le fait que la foi soit utile dans le champs des possibles.La foi est donc utile, biologique, il faut la  conserver.
Non, non. Ce que vous appelez foi n'est rien de plus que la conscience de notre force. Cette dernière existe toujours, qu'on le veuille ou non. C'est l' autre foi qu'il convient de détruire; la conserver est un danger. Par cette porte qui ouvre sur l'arbitraire une philosophie fondée sur l'utilité, la commodité ou l'efficacité, font irruption toutes les folies humaines.

Quand la différence entre le possible et l'impossible dépend de notre décision, la foi peut se révéler bien utile; mais elle ne transformera pas en possible ce qui est impossible, que nous le voulions ou non. Croire autre chose, comme le note Baroja, c'est peut-être le début de la folie, ou la voie pour rendre fou les gens crédules qui nous écoutent.
La position de William James, une variante du pari de Pascal: "En ce qui concerne la religion, la terre ferme sur laquelle nous devons sauter se situe de l'autre coté de la mort". Argumentation fragile. Bien que certaines aspirations spirituelles nous inclinent vers des croyances déterminées pour lesquelles il n'existe pas de meilleure justification que ces mêmes désirs, la possibilité existe d'une aspiration non moins forte - celle de la véracité et de l'honnêteté dans nos croyances - qui peut servir de garde-fou à l'égard des premiers.
Dostoïewski, dans les  Frères Karamazov "Si Dieu n'existe pas, tout est permis., ou aussi "sans Dieu et le surnaturel, la vie manque de sens" ne sont pas des arguments en faveur de ces croyances, mais plutôt la constatation d'un besoin pathétique qui devrait faire douter d'elle. C' est ce que voulait dire Nietzsche dan l'Antéchrist: La foi sauve, donc elle ment.
L'indiscutable réalité, dans la façon de poser le problème,c'est notre désir: Peut-être, au lieu d'avoir la prétention de comprendre le coeur de la réalité à partir de ce que nous désirons, nous devrions tenter de comprendre les mécanismes réel de notre fureur désirante.

 Les fonctions qu'assument les religions dans les sociétés - fonder la cohésion transcendante du groupe, expliquer d'où provient le monde et chacun de ses phénomènes, servir de base aux tabous et aux devoirs, légitimer l'ordre social établi ou la rébellion contre celui-ci au nom d'une justice supérieure, etc., - sont une chose. Les raisons pour lesquelles beaucoup de personnes adhèrent individuellement à des doctrines religieuses en sont une autre. Sans doute dans la majorité des cas, les gens suivent-ils la religion majoritaire par pur mimétisme social: on sait que dans les conditions normales, une fois mises de côté les pressions exceptionnelles de toutes sortes, l'être humain est spontanément porté à faire, à penser et à vénérer ce qu'il voit les autres  faire, penser, vénérer.
Aujourd'hui, la religion est moins homogène et moins unanimement partagée, et l'offre de croyances ou de formes  de piété se fait de plus en plus variée; de sorte que les dévots et les croyants peuvent l'être par un choix personnel, dans leur for intérieur.
La Rochefoucauld disait que personne ne tomberait amoureux s'il n'avait entendu parler de l'amour, et mon opinion est que personne n'aurait d'expérience religieuse s'il ne savait au préalable qu'il existe une religion qui exige foi et adhésion.
Revenons donc aux désirs humains comme fondement personnels des croyances. Chacun peut dresser la liste de ses principaux désirs, comme le faisait Stendhal  (…). Être le bénéficiaire de miracles est une chose qui tente tout le monde, et le miracle est davantage qu'un simple exercice de magie. La magie fonctionne comme un mécanisme.
Parmi les désirs les plus notoires que les religions peuvent combler, je signalerai par exemple celui de la vengeance. La déroute et le châtiment de ennemis, l'humiliation finale des  méchants sont un pieux mobile sans doute à l'origine de beaucoup de dévotions. Sredni Vashtar, dans la nouvelle Saki ; un orphelin trouve le dieu approprié pour purger son ressentiment à l'encontre de celui qui  abuse de sa faiblesse,. Mais il ne suffit pas que justice soit faite contre ceux qui nous offensent et défient l'ordre que nous tenons pour respectable: nous cherchons en outre une autre  espèce de protection. Et c'est là que nous arrivons à la question essentielle, la conscience irrémédiable de notre condition de mortels.
Nos désirs les plus impérieux sont pour la plupart destinés à éviter, à différer ou à conjurer la mort; (la nôtre ou celle de ceux qui nous sont chers).
Il apparait que si nous étions immortels, nous ne saurions que désirer de plus. Nous savoir mortels est avant tout  nous savoir intimement liés à notre perdition. Le plus grave n'est pas de ne pas durer, mais que tout disparaisse comme s'il n'avait jamais existé.
Une fois que nous sommes nés et qu'est rompu le lien avec nos parents qui ont pris soin de nous pendant une période relativement longue et décisive, seuls l'amour et la reconnaissance publique sur le plan social entretiennent l'illusion que nous ne sommes pas complètement perdus. Plus tard viendra la mort et nous avons l'impression que personne ne viendra nous recueillir.
Invraisemblable, improbable, Dieu apparaît comme une solution à l'insoluble. Pour lui, nous serons quelqu'un et nous le resterons toute l'éternité durant, même au fond de l'enfer, nous ne serons pas survenus en vain.
Georges Bataille disait  dans sa "Théorie de  la Religion" que que les animaux sont dans la nature comme l'eau dans l'eau: ni étrangers, ni conscients d'aucune distance par rapport à ce qui les constitue et les entoure. Il en est ainsi parce qu'ils ignorent la fatalité de leur mort, qui est à la source de toute "l'étrangeté" de l'homme. La vie est étrange parce que nous mourons et non pour quelque autre raison. Mourir, c'est se perdre: celui qui a pris conscience de lui même et de son propre nom ne peut plus être avec résignation "comme de l"eau dans de l'eau". Même si elle nous attend comme la fin de nos angoisses, l'annihilation définitive doit être une conquête personnelle, obtenue après un très long effort, un néant personnalisé comme le nirvana des bouddhistes. Un néant rayonnant obtenu. Notre plus grand désir en tant que mortels est d'éviter notre perdition de continuer d'être significatifs et important pour Quelqu'un comprendra ce que suppose, ce qui s'impose et même   l'humiliation qu'implique -avec l'aide de l'incarnation, le grand succéhs théologique du christianisme - le fait de savoir qu'on est quelqu'un, qu'on ne nous perde pas de vue, qu'on ne nous confonde pas, qu'une attention éternelle nous distingue, au besoin par sa réprobation.
Cette préoccupation de chacun, pour tout le monde, pour moi-même, unique et fragile, cette préoccupation a un nom: le salut. et aujourd'hui, les religions dans leur majorité sont des technologies du salut, Hans Albert qui ont peu près un effet semblable à l'effet placébo. Même si l'on n'y crois qu'à moitié, les promesses de la religion sont pour beaucoup d'entre nous une espèce de calmant contre la souffrance anticipée de l'anéantissement dans la mort. Au vu de son pouvoir anesthésiant, les croyants négligent son invraisemblance et négocie comme il le peuvent leur conduite quotidienne face aux interdits et commandements que promulguent prétres administrateurs autoproclamés du remède théologique.


L’athéisme est une attitude ou une doctrine qui ne conçoit pas l’existence ou affirme l’inexistence de quelque dieu, divinité ou entité surnaturelle que ce soit, contrairement, par exemple, au déisme, au théisme et au panthéisme qui soutiennent ces existences, ou à l’agnosticisme qui considère qu’on ne peut répondre à ces questions. Le spiritualisme et l'athéisme ne sont pas forcément opposés. En effet, les systèmes athées peuvent ne mettre en cause que le caractère transcendant du spirituel, et le conserver sous d'autres formes immanentes. On peut citer par exemple la vision darwiniste d'intelligence planificatrice du marché. L'athéisme n'empêche pas la croyance en d'autres formes de pensée abstraite ou d'émotions mystiques . Ainsi, des religions dont les dogmes ne font pas intervenir la notion de divinité peuvent, dans une certaine mesure, être considérées comme athées, tel le bouddhisme. Il existe également des personnalités, tels que le théologien John Shelby Spong, qui se définissent à la fois comme chrétiens et comme athées.