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18 mars 2010

Faites donc la vaisselle!


Nous sommes dimanche matin, le soleil se lève, magnifique, encore un peu timide et rose - nous sommes quand même encore en avril - mais déjà suffisamment puissant pour nous sortir de la torpeur et rendre le coeur joyeux. Il me vient le titre d'un livre de méditation "Matinales", qui a quarante ans et qui est le fait d'un prêtre, mort il y a vingt-cinq ans, Jean Sulivan. Il a voulu vivre une mystique du quotidien, dans l'incompréhension de ses pairs, retiré en plein Paris, proche et toujours distant, un mystique, un vrai. Il fut malade longtemps. Ses ouvrages de méditation je les ai toujours beaucoup fréquentés. Il me semble que, sans jamais y avoir fait allusion ni de près ni de loin, cet homme avait réalisé, à son insu peut-être, une belle synthèse entre sa foi chrétienne - bien épurée - et une attitude profondément zen. Je te laisse sur la fin de son "Matinales" paru en 1976 :
" Après avoir expérimenté, sans trop l'avoir voulu, qu'on n'est rien, guère plus qu'un ver de terre, et par cela même devenir intraitable. Car impossible de descendre plus bas. Donc exister assez pour être libre à l'égard des conventions et servilités, aussi bien pour les accepter provisoirement que pour les refuser. Ne nous cassez pas les oreilles , n'enlevez à personne ses certitudes, chacun mûrit à son heure, et vous-même, dorlotez-vous avec, mais sachez-le et souriez à ce qui naît. Quand vous voyez des gens sérieux comme des carpes, dites-vous qu'ils regardent encore l'existence à travers le prisme de leurs idées, et, si cela vous aide à échapper à la tristesse, regardez-les précisément comme des poissons dans un aquarium. Etranglez la phrase où vous alliez comparer le présent au passé, craindre pour l'avenir. Bondissez sur l'instant, le passé et le futur sont dedans, il porte en lui sa charge d'éternel. Cessez de vous acculer, pour cela que la mort empoisonne l'existence. L'espoir déçu, le coeur brisé, elle m'a blessé à mort, il m'a détruit, quelle, quelle vanité ! Le bonheur n'est pas dans le bonheur. Il est dans l'incessante marche. Allons sortez, vivez tant que vous êtes vivants, faites quelque chose, un coup de folie, ou, mieux, qui sait, si vous venez de dîner faites tranquillement la vaisselle."
MD