Une erreur est survenue dans ce gadget

18 mai 2010

Un moment difficile...

Ça ne doit pas être évident pour une jeune médecin, résidente en oncologie, d'annoncer à son patient qui est déjà un "vieux client de la maison" que la lutte contre la bête s'achève là, que tous les traitements pour endiguer la maladie sont vains et terminés. La lutte à gagner maintenant est celle contre la douleur.
Mais tout le travail accompli n'est de loin pas un échec, tout le monde aura travaillé fort, autant le les soignants que le patient. jJ'ose croire que chacun y aura trouvé son compte.
Arrive un moment où il faut se rendre à l'évidence que c'est la maladie qui prend le dessus.
J'ai eu plusieurs courriers depuis que j'ai informé des amis de la nouvelle et le point commun qu'ils laissent apparaître en majorité, c'est que ce moment doit être difficile pour moi. Je voudrais les rassurer: il m'est bien plus facile de savoir clairement ce qu'il en est, enfin. Sensation apaisante, sensation de libération, oui, qui fait place à une tension vive, une responsabilité de tous instants.
Goûter pleinement à ce qui reste devant moi, être enfin délivré du poids des thérapies agressives, juste se sentir bien, faire, dire, penser absolument ce que je veux, me préparer à cet étrange voyage, moi, je ne trouve pas ça si difficile. J'ai connu des moments bien moins excitants.
Se diriger vers la mort, on ne peut pas dire qu'il s'agisse d'une grande surprise, on y va tous, et je ne me pose pas de questions métaphysiques par rapport à ma fin ou à l'après. Je crois un peu en tout, un peu en rien. je n'éprouve aucune inquiétude particulière face à un "au-delà" plus qu'incertain, mais là n'est pas mon propos.
Je voudrais simplement relever qu'il n'est pas obligatoire de s'enfoncer dans la dépression dès que la mort pointe le bout de son nez, surtout lorsque son entrée en scène n'a rien de soudain.Voilà bien longtemps que je côtoie l'irréversible et l'incurable.
Nombre de mes compagnons de route sont partis tellement plus vite que moi et bien que la survie la plus longue possible soit l'objectif des traitements, il arrive un moment ou cette survie "à tout prix" devient pesante et embarrassante. On pourrait essayer encore ça, ou autre chose, certainement, mais je n'ai aucune raison de vouloir m'acharner contre moi. Il s'agit bien plus de préserver avant tout une part de bien-être, de qualité de la vie, pour moi, bien sûr et pour ceux qui vivent avec moi. Personne ne peut savoir combien de temps cette période peut durer ( je n'ai d'ailleurs pas voulu poser cette question à mon médecin- des semaines, des mois, un an? aucune envie de le savoir). Mon objectif, aujourd'hui, c'est justement de faire de ce moment, pleinement accepté, le moment le moins difficile possible et peut être le plus excitant de ceux que j'ai connus.
Je bois une bière à votre santé, pour une fin de vie moins difficile!