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7 déc. 2010

Feu de forêt



Merci pour tes courriers. Comme je vais sur ton blog tous les jours ( hé oui ) je suis ravi d' avoir des nouvelles plus perso.
Et le feu de forêt dans tout ça, me diras-tu, c'est quoi le rapport ? Et bien voilà : hier soir dans mon lit, avant de m'endormir, une idée m'est venue.
Ton cancer, c'est comme un feu de forêt. Il a commencé sans que personne ne le remarque. Puis comme le feu, il s'est nourri de toi pour grandir , se propager, faire des
ravages. Il y a des terres brûlées, calcinées en toi, c'est un fait.
Les pompiers de Denis Caspar s'appellent chimio, radiothérapie, etc... Ils sont partis pensant que toute la forêt allait brûler;  ils sont impuissants , c'est la nature, elle est plus forte que nos connaissances ...
Mais j'ai une subtile impression que le feu commence à s'éteindre de lui-même. Sans vraiment d'explication ou de logique, les dernières braises s'éteignent. Ton corps a certes quelques parcelles très endommagées, mais une autre partie de ton corps est saine et c'est sur cette partie qu'il faut parier.
Construire, semer, créer, sur cette partie de corps sain qui pourrait permettre ( un pari un peu fou ) de recommencer doucement , délicatement, discrètement à revivre.
Voila en gros la trame de mes pensées.
Hubert,
Infirmier en oncologie



 Quelle intuition attrayante, belle image postive, c'est tentant de s'y jeter entièrement. Observer, ne rien précipiter...

Ta rêverie hier soir, dans ton lit avant de t'endormir aussi folle soit-elle, est une  désirable métaphore  pour un cancer bien avancé comme le mien. Personne n'a plus rien de concret à offrir, hormis une lente descente au tombeau. En plus, pour moi, tu es un interlocuteur véritablement  crédible et je sais que ton intuition n'est pas le fruit d'une idée furtive, mais d'un suivi régulier de l'information que j'ai fournie par le  blog, d'autres courriers sur la maladie, et le résultat de ta recherche permanente d'une solution. Ça me touche beaucoup, cher ami.
Vois-tu, jamais pendant ces 4 années, je n'ai prié qui que ce soit, invoqué, jamais supplié, refusé tous les  faux espoirs. J'ai essayé de vivre  le plus possible en harmonie, en bon voisinage avec cet intrus. J'ai  laissé les médecins exercer leurs médecines, avec leur cortège de thérapies complexes et désagréables, de rayons brûlants, puis on a laissé faire la nature avec l'aide des soins palliatifs. 
Depuis ce moment,, de nombreux détails concordent avec une baisse de l'intensité des flammes dont tu parles. De nombreuses personnes m'ont fait des remarques, sur mon aspect physique, sur ma bonne mine.Moi-même, j'ai bien remarqué que j'étais bien plus agile qu'avant, que je marchais d'un pas plus décidé, que j'avais plus d'endurance et j'ai constaté aussi que j'oubliais la maladie pour des temps assez longs, comme si elle me préoccupait moins. 
La douleur est toujours présente mais bien contrôlée, témoin que le feu couve toujours.
Laissons le temps faire son travail.

Le blog et son sujet n'existeraient pas sans la rencontre avec cette petite histoire tibétaine, que vous avez sans doute lue. Elle m'a vraiment motivé. 



"Dans le bouddhisme tibétain, comme les grands maîtres du passé l'on toujours su, 
la compassion est la source de toute guérison.
Supposez que vous soyez atteint d'une maladie comme le cancer, ou le sida. Si, en plus de votre propre douleur, et l'esprit empli de compassion, vous prenez sur vous la souffrance de ceux qui partagent le même sort, vous purifierez sans aucun doute possible, le karma négatif du passé, cause de la continuation de votre souffrance dans le présent et l'avenir.
"Je me rappelle avoir entendu parler au Tibet de nombreux cas extraordinaires de personnes qui, ayant appris qu'elles étaient atteintes d'une maladie incurable, abandonnaient tous leurs biens et partaient au cimetière pour y mourir. Là, elles se consacraient à cette pratique qui consiste à prendre sur soi la souffrance des autres. Et ce qui est remarquable, c'est qu'au lieu de mourir, ces personnes revenaient chez elles entièrement guéries."
Sogyal Rinpoché – Le livre tibétain de la vie et de la mort.