Une erreur est survenue dans ce gadget

24 janv. 2011

Ame soeur, survivante, une lutte difficile de quatre années




Sortir du déni pour m’en sortir bien vivante jusqu’au bout.

Comment vas-tu aujourd’hui? Voilà bien quelques mois  que je me ballade sur ton merveilleux site, havre de paix complice de mes guerres intérieures, merci. Aujourd’hui, je m’anime d’une énergie toute fraîche et dessine la carte de mon voyage  avec mon cancer des poumons.
C’est à l’automne 2006, que j’ai reçu la visite du CPNPC, gêné au début, un petit, petit nodule cachait son stade III avec métastases au médiastin. Le 22 décembre, on a retiré le lobe atteint ainsi que ses voisins ganglions. Encore sous le choc du diagnostic, confuse, j’ai entrepris une chimio (Cisplatine et Vinorelbine) dite agressive (le mot est doux) dont les effets ont donné lieu à l’arrêt du traitement pour cause de toxicité élevée. Je me suis sentie coupable! Était-ce un échec? Et c’est la rémission. Six mois plus tard,  je recouvrais une bonne forme physique et retournais sur le marché du travail, tant par nécessité que par passion du métier, faisant fie du temps qui passe abandonnant encore une fois dans leurs cartons, cahiers, plumes et pinceaux, mes rêves étouffés! C’est en février 2009, aux abords de mes 57 ans, que le cancer  se réveille, tel un volcan éclaboussant de ses braises mes deux poumons et le médiastin, stade IV. Je n’ai voulu de traitement qu’en janvier 2010, lorsque j’ai enfin reconnu que la maladie était bien réelle et qu’un refus de traitement signifiait, pour moi, abandonner le combat de ma vie, un suicide spirituel. Chimio palliative (Carboplatine et Gemcitabine). Après cinq mois d’un traitement plutôt pénible, du déjà vu, la maladie s’est mise en veille pour mieux revenir en force moins de deux mois plus tard. Je suis inquiète, mais je continue. J’en suis à ma deuxième chimio palliative (Taxotère), on tente de ralentir la progression de la maladie, moi, je tente de raviver ma créativité. Déclic! J’éprouve une telle joie, bien oui, je me sens revivre. Merci, Denis. Je t’envoie tous mes bons sentiments. 

Voilà ce que j’écrivais, en octobre dernier. Depuis, un passage au scan a révélé de nouvelles métastases et une détérioration des poumons. Une dernière rencontre avec mon oncologue et mon infirmière pivot pour faire le point, confirmer l’arrêt du Taxotère devenu inefficace et m’annoncer la fin  des traitements sous quelque forme que ce soit. Finies les chimio, je passe à l’étape des soins palliatifs. De trois à six mois a dit le docteur. Dorénavant, on gère la douleur, l’alimentation et tout ce qui favorisera mon mieux vivre avec le cancer, chez moi. Mon optimisme fait place à un état d’hébétude. Je savais que je me dirigeais vers une sorte de fin. J’avais perçu de nouveaux symptômes, tâté de nouvelles bosses et senti la douleur s’intensifier. Les faits ne mentent pas. Pourtant, ne parle-t-on pas de guérisons inexpliquées? du pouvoir de l’auto-guérison? Mes espoirs semblent inépuisables, mais ma foi est bien fragile face à cette inconnue qu’est la mort. La vie continue et la mort n’en marquera que la fin, probablement … 

C’est une question de temps. Je suis passée maître en actions de dernières minutes. J’excelle dans le retard tout genre et dans le remettre à demain. Et aujourd’hui, le temps me presse plus que jamais. Je compose avec le temps comme l’enfant qui ne veut pas dormir  le soir venu. Je sens l’urgence d’agir et tourne en rond comme une toupie. Le moment présent. Le sacré moment présent demeure la seule issue face à cet adversaire coriace qu’est le temps.
Les journées sont longues. Les journées passent tellement vite. J’accroche. J’accroche facilement à tout ce qui me sort du temps pour me procurer un confort … passager, un oubli de la réalité. Et je décroche douloureusement, seule et perdue. Alors je m’accroche au moment présent, je pratique le détachement et la compassion, je m’adapte  et je me sens mieux. Je savoure cette nouvelle étape de ma vie, libérée des traitements. Libérée aussi du sentiment d’avoir été abandonnée après quatre ans de suivi en oncologie. L’oncologie était simplement une étape à vivre. Maintenant, je m’ouvre à l’accueil chaleureux de l’équipe de soins palliatifs à domicile et au support précieux de mes fils, de ma petite sœur et de mes amis. J’apprends à recevoir l’amour et la générosité de mes proches.
S.C.

À suivre …